ON A FAILLI NE PAS S'ENNUYER
Par Cédric ROUQUETTE, au Stade de France

SUR LE MÊME SUJET
 Tout sur l'équipe de France
 Le film du match
 Domenech content de la solidité
 Henry déçu par l'Uruguay
 Sans gravité pour RibéryA la mi-temps, il était tentant d'écrire que le France - Roumanie de l'Euro était la Rolls du spectacle à côté de ce France-Uruguay coté 0,5 étoile. Exagéré ? A peine. Mais parce qu'il y a eu plus de tirs cadrés et moins de calcul à la petite semaine, on dira que ça valait le France-Paraguay de mai à Toulouse (0-0), avec un poteau en moins. Passionnant... Le fait que cette partie se soit achevée par un 0-0 correspond totalement à l'idée qu'elle sera vite oubliée, qu'on s'en souviendra seulement parce que Savidan et son sourire, entrés à la mi-temps, ont effectué leurs débuts ce jour-là . Lloris aussi, d'ailleurs, mais un match aussi pauvre en situations chaudes ne l'aurait autorisé à se faire remarquer que par une boulette. Ce score vierge est un petit miracle dû à la faculté de tous les tireurs à ne pas cadrer. Les 79.000 spectateurs -qui avaient pourtant fait leur devoir en respectant les hymnes- n'ont assisté à aucune action digne par essence d'être récompensée par un but. Mais quelques oublis défensifs disséminés ça et là auraient dû déboucher sur l'ouverture du score, et qui sait, sur quelque chose de regardable. Les Uruguayens méditeront les ratés de Rodriguez, abandonné par Mexès (22e) mais aussi peu précis qu'au Paris-SG, ou de Gargano (55e), au tir trop enlevé. Côté Bleus, le Stade de France n'a frôlé le grand frisson qu'au moment où Savidan s'est retrouve seul pour ajuster un retourné assez pur, mais à droite du but de Carini (62e). A part ça, des frappes de loin précipitées (Anelka 36e, Benzema 80e), des coups francs dans le tas parfois frôlés (65e) ou des deuxièmes ballons négligés : rien qui n'a pu conduire les deux gardiens à montrer un authentique savoir-faire.
L'envie des joueurs de L1
L'équipe de France a d'abord milité, sûrement malgré elle, pour la suppression des matches amicaux du mois de novembre, qui sont une invitation à la prudence et aux courses un brin calculées à six jours des virages les plus compliqués de la Ligue des champions. Il est difficile de faire le tri, pour expliquer la monotonie du jeu tricolore, entre une rigueur tactique bien comprise et un désintérêt relatif pour ce qui se jouait sur la pelouse. Le 4-2-3-1 type de Raymond Domenech ne permettait rien d'autre que des séquences fluides de circulation du ballon et une certaine efficacité dans la récupération, malgré des oublis qui se seraient payés cher contre d'autres nations. Mais l'impression désagréable que Gourcuff était le seul à vraiment proposer des solutions grâce à ses mouvements entre les lignes et peu de jeu en première intention n'a jamais disparu avant la pause. Les entrées des remplaçants Savidan (45e), Benzema (58e) puis Briand et Nasri (72e) ont paradoxalement fait ressembler les Bleus, un peu, pas longtemps, à ce qu'ils avaient proposé de mieux contre la Serbie (2-1) et en Roumanie (2-2) : une équipe décidée à protéger son camp en investissant celui de l'adversaire, et capable d'accélérations dans sa progression.
Mission défensive réussie
Il faudrait associer Fanni et Toulalan à ce commentaire pour dire que ce sont des joueurs issus de la L1 qui ont imprimé à ce match terne quelques rayons de lumière. Les Uruguayens, en trois minutes d'accélération au coeur de la première période, auront aussi cherché à faire croire qu'on échapperait à l'ennui, avant de se conformer à la lenteur de cette longue soirée de novembre. Raymond Domenech retiendra évidemment que pour la première fois depuis le fameux France - Roumanie de Zürich, l'équipe de France n'a pas encaissé de but. Le sujet du jour, c'était de continuer à s'accaparer le ballon et à attaquer, en oubliant cette fois d'offrir quelques buts à l'adversaire. La deuxième mission aura été réalisée au-delà de toute espérance. Au point de vider la première de sa substance. L'apport de Vieira à ce chantier aura été relatif, pendant 45 minutes, le joueur de l'Inter manquant autant de rythme que lors de son seul autre match cette saison avec les Bleus, en Espagne en février (0-1). C'est une de ses « projections vers l'avant » qui a conduit les Français vers leur premier corner et leur première occasion. On jouait la septième minute et on a cru au retour du chaînon manquant, un instant. La suite fut plus cruelle. C'est sûrement l'effet des premiers froids : on se reprend à croire au père Noël avant d'être rattrapé par la réalité.



















