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16/08/2008 18:49

JO - Cyclisme sur piste (H) - «Rien à regretter»

Quatre médailles olympiques, quinze titres mondiaux, un record du monde et un dernier tour de piste pour une sixième place en finale du keirin... Il est 20h15 sur le vélodrome de Laoshan quand Arnaud Tournant (Photo L'Equipe, 2e en partant de la droite) range ses affaires dans son box, voit défiler quinze ans de carrière et prend vraiment conscience que sa carrière de cycliste vient de s'arrêter. «Même si c'est douloureux aujourd'hui, même si cela fait bizarre de se dire que c'est le point final, je n'ai rien à regretter», avoue, très ému, le Français, qui a envie de «relever de nouveaux défis». Le Nordiste souhaite faire profiter de son expérience à des jeunes, soit à travers un poste de responsable de la piste chez son sponsor Cofidis, soit au sein du futur vélodrome qui devrait être construit dans le Nord-Pas-de-Calais.

«Arnaud Tournant, à quel moment, avez-vous pris conscience que c'était votre dernière course ?
Quand je suis rentré dans le box, j'ai parlé avec Florian (Rousseau, son entraîneur) de la course, j'ai commencé à ranger mes affaires et à me changer. Je me suis mis un peu à l'écart et là, je me suis dit : ça y est, c'est fini.

Avez-vous vu défiler votre carrière ?
Oui, j'ai lâché quelques larmes. Il y avait bien sûr le résultat de ce soir, mais aussi de repenser à tout ce que j'ai vécu. Je n'ai rien à regretter. J'ai passé de si bons moments (sa voix tremblote) et aujourd'hui, c'est la fin de l'histoire... C'est dur (les larmes aux yeux). Quatre médailles olympiques, quinze titres mondiaux, un record du monde, de superbes histoires et de superbes personnes que j'ai pu côtoyer à travers ce beau métier. J'encourage tous les jeunes qui cherchent leur voie à essayer le sport de haut niveau, c'est vraiment un super métier quel que soit le sport qu'on pratique. C'est aussi une super école de la vie. J'ai appris beaucoup de choses à travers le vélo et aujourd'hui, je sais comment je suis arrivé là. Je l'ai fait honnêtement, avec le coeur. Même si c'est douloureux aujourd'hui, même si cela fait bizarre de se dire que c'est le point final, je n'ai rien à regretter.

Terminer sur une sixième place, est-ce une déception ?
Il y avait un très, très bon niveau. Aujourd'hui, être dans les six meilleurs, c'est déjà satisfaisant. Mais j'espérais mieux. Je pensais que la médaille était possible. On s'est pas mal touché pendant la course, mais je ne vais pas me chercher d'excuses. Aujourd'hui, je n'étais pas le plus fort et c'est une sixième place. La petite pointe au coeur est que c'était ma dernière compétition internationale. Ce sont les choses de la vie, il faut passer à autre chose.

Que pensez-vous de la domination de l'Angleterre ?
C'est impressionnant. Tant mieux pour eux. Cela fait rêver. Chris (Ndlr : Hoy, champion olympique du keirin et de vitesse par équipes à Pékin), ce n'est pas une surprise. C'est quelqu'un qu'on voit depuis de nombreuses années. Il a dominé les Championnats du monde et il a très bien marché sur les Coupes du monde. Ce n'est vraiment pas étonnant de le retrouver aujourd'hui. Il a un très haut niveau. Rivaliser avec une deuxième moto, ce n'est pas facile. Les Anglais ont les moyens, les capacités de s'exprimer. Ils ont fait beaucoup de progrès dans la recherche sur le vélo, dans la nutrition, dans l'aspect psychologique, la préparation avant et après la course. Aujourd'hui, le vélo devient plus scientifique et les Anglais ont les moyens de pouvoir être les plus performants dans ce domaine.

Le fait que ce soit la dernière course de votre carrière vous a-t-il déstabilisé ?
Non, je me suis dit : "c'est la dernière, il faut tout mettre, quitte à rentrer à quatre pattes à l'hôtel". Il faut vraiment ne pas avoir de regrets après la course. Aujourd'hui, je n'ai pas regret, j'ai fait ce que je pouvais. J'ai fait un choix tactique qui n'était pas le meilleur. La course a été agitée et ce n'est pas toujours facile de voir que les mecs se touchent et de savoir si on va passer au-dessous, au-dessus ou à travers... Ce n'est pas évident. Je ne suis vraiment pas mis de pression par rapport à l'arrêt de ma carrière et ce n'est vraiment pas intervenu pendant la course. J'ai vraiment essayé de faire abstraction de cette histoire. Je savais que cela pouvait être très négatif. J'en avais parlé avec Florian qui avait vécu la même chose. Cela me faisait une belle référence. J'étais prévenu et je savais quoi faire pour éviter l'écueil. J'ai réussi à oublier ça. Maintenant que c'est réellement fini, cela fait bizarre. On parle souvent de "petite mort" pour les sportifs qui arrêtent... C'est un peu ça. Cela fait quinze ans que je fais du vélo à haut niveau. Quinze ans d'une vie, c'est une grosse étape. Du jour au lendemain, cela va devenir autre chose. Aujourd'hui, j'ai la chance d'avoir un peu préparé ma reconversion et de savoir ce qui m'attend derrière. J'ai bien avancé dans certains domaines. Je sais que je vais pouvoir m'exprimer autrement. Ce sera une superbe aventure.

Est-ce que cela vous fait peur ?
Pas du tout. J'aime relever des défis et vivre des expériences. Quand j'ai arrêté le kilomètre, j'ai prouvé que je pouvais faire autre chose que le kilomètre. Aujourd'hui, cela va être la même chose. Le sport est une superbe école de vie. On apprend plein de choses. Dans une entreprise, on a des concurrents, des méthodes de travail, des chefs, c'est pareil.

Qu'allez-vous faire maintenant ?
Il y a encore des choses à faire. J'aimerais pouvoir transmettre mon expérience et mon savoir. Si cela pouvait se concrétiser dans le domaine du vélo, ce serait une bonne chose. Je sais que Cofidis a annoncé récemment qu'il continuait sur la piste, pourquoi pas encadrer le groupe piste ? Il y a aussi un vélodrome qui va se construire dans quelques années dans la région Nord-Pas-de-Calais, j'ai vraiment envie de revenir dans ma région natale. Si je pouvais faire en sorte qu'on voit quelques Nordistes être en équipe de France dans quelques années, ce sera vraiment un gros truc.»

Recueilli par Sophie DORGAN, à Laoshan

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