Raymond Domenech a-t-il raison d'affirmer qu'il a changé?
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Jean-Baptiste Elissalde forfait, Julien Tomas a été rappelé en équipe de France pour affronter l'Australie, samedi au stade de France. Le jeune demi de mêlée de Montpellier reprend donc le cours de sa carrière internationale, et espère bien cette fois montrer toutes ses qualités. Le gang du MHRC se reforme donc petit à petit à Marcoussis, et il commence même à prendre le pouvoir, puisque c'est Ouedraogo qui a joué le rôle du messager dimanche dernier: «Ma sélection, je l'ai apprise dimanche, c'est Fufu qui m'a appelé. Ils avaient réunion le matin avec les coaches, et ils leur avaient dit que c'est moi qui devait arriver et il m'a appelé direct. Ensuite Jo Maso m'a confirmé la nouvelle.»
Une première expérience tronquée
Un petit tour et puis s'en va. Jusqu'à cette sélection contre l'Australie, l'histoire de Julien Tomas avec le XV de France se résumait à un bout de match contre l'Italie (dix minutes à peine) lors du dernier Tournoi des VI Nations. Depuis plus rien, alors que le jeune demi de mêlée de Montpellier semblait avoir toutes les qualités pour avoir très vite sa chance, notamment pour la tournée en Australie au mois de juin. Marc Lièvremont en a décidé autrement, et le principal intéressé avoue qu'il en a souffert : «Je n'ai pas trop compris, mais ce sont les aléas du rugby de haut niveau. C'est l'équipe de France. On peut être appelé, on peut être laissé de côté.» Et le gamin a déjà du plomb dans la tête. Donc il ne s'est pas démonté, et s'est remis au boulot, tel un vieux briscard : «Je n'ai pas douté, je me suis concentré sur mon club. Après coup on se dit : il faut que je bosse encore, c'est que j'essaie de faire. J'essaie de faire de bonnes performances chaque week-end pour me montrer et revenir à mon meilleur niveau.»
Tel est Julien Tomas, le quatrième larron de la jeune classe surdouée du MHRC. Picamoles et Ouedraogo sont déjà presque des cadres du XV de France, Trinh-Duc aurait dû faire cette tournée d'automne sans une blessure, mais le numéro 9 est un peu en retrait. Il ne s'en offusque pas, et sait que tout peut aller très vite. Comme en 2006, lors du titre mondial des moins de 21 ans. Alors qu'il ne figure pas dans le groupe, il est appelé pour palier la blessure de...Sébastien Tillous-Borde, le titulaire samedi prochain. Et il devient naturellement un des leaders de l'équipe, jusqu'à la victoire finale. Avec une insouciance désarmante : «Je n'étais pas prêt physiquement, alors il fallait que je compense. J'ai apporté mon envie, mon enthousiasme et mon insouciance. Ça m'a libéré.»
L'apport de Justin Marshall
Elissalde forfait, c'est donc lui qui a été appelé en renfort, alors qu'il y avait d'autres candidats de renom, comme Yachvili ou Mignoni. Mais la concurrence, Julien Tomas connaît. Cet été, alors qu'il sort d'une grosse saison, la meilleure de sa jeune carrière, Montpellier recrute Justin Marshall, le demi de mêlée le plus capé de l'histoire des All Blacks (81 sélections). Il aurait pu se vexer, ne pas comprendre ce concurrent de choix. Au contraire non seulement il l'a bien accepté, mais surtout il a su que ce joueur d'exception allait lui apporter beaucoup : «Quand il signe, je me dis que c'est positif pour l'équipe, qu'il va beaucoup nous apporter. C'est un très bon joueur, et donc un bon choix, surtout qu'il nous apporte son immense expérience, ce qui nous manque à moi et à mon frère (ndlr : Adrien, le troisième demi de mêlée). C'est un bon mec, il me fait progresser dans certains domaines comme dans mes courses, l'orientation du jeu, les décisions autour des rucks. Il m'aide à rectifier quelques détails et donc à progresser.»
Quid de son avenir?
Tomas revient donc en Bleu, presque normalement. Le jeune homme n'a pas changé, et c'est pour cela que les sélectionneurs lui font encore confiance. Avec ses potes Picamoles et Ouedraogo, il veut signer un long bail avec le XV de France, sans perdre ses qualités «Notre force, c'est notre jeunesse, notre envie de déconner. Il ne faut pas que l'on sorte de notre registre, que l'on se prenne pour d'autres. Si je perds ça, je perds ma personnalité et je deviendrai un mauvais joueur.» On ne peut s'empêcher de lui demander ce qui va se passer quand le bande des quatre va se séparer. Ils sont tous en fin de contrat, et surtout très demandés. Picamoles est annoncé à Toulouse et Ouedraogo est courtisé par Perpignan.
Et Julien Tomas ? « Forcément je réfléchis. Il y a quelques demandes, mais pour l'instant il n'y a rien de concret, et je n'ai pas décidé. Je me concentre sur la saison en cours, en espérant que Montpellier fasse une grosse saison et se qualifie pour la coupe d'Europe. Après si les objectifs sont atteints, pourquoi partir ? De toute façon si je pars, ce sera forcément pour un club classé plus haut, qui a des ambitions de titres, et il n'y en pas tant que ça. Si les autres partent, ça fera réfléchir, mais c'est la vie du rugby de haut niveau, on sait qu'il faudra se séparer un jour ou l'autre.» Au pire ils devraient se retrouver lors des rassemblements du XV de France.
Aymeric MARCHAL

