Raymond Domenech a-t-il raison d'affirmer qu'il a changé?
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«C'est l'un des meilleurs piliers du Top 14 et même du monde. Il a réalisé un excellent début de saison, et il a fait une très bonne rentrée contre l'Argentine. Il a gagné sa place.» Ces mots sont ceux de Marc Lièvremont, l'entraîneur du XV de France, et ils concernent Nicolas Mas. Le pilier de Perpignan sera à nouveau titulaire samedi contre l'Australie, et il semble bien avoir enfin décroché ses galons de titulaire avec le maillot bleu. Une reconnaissance tardive mais méritée pour ce spécialiste de la mêlée.
Il n'a pas le charisme d'un Sébastien Chabal ou d'un Dimitri Szarzewski. Ni la flamboyance d'un Maxime Médard ou d'un Cédric Heymans. On ne le voit pas beaucoup dans les journaux ou sur les plateaux télé. Il n'est pas non plus très bavard, et le profane ne comprend pas forcément le boulot de l'ombre dont il s'occupe. Bref Nicolas Mas est de la catégorie des taiseux, des discrets. Pourtant il est considéré depuis longtemps comme l'un des meilleurs piliers droits du monde. Solide en mêlée, adroit dans le jeu, impeccable en défense, il a très rarement déçu en équipe de France. Le problème c'est qu'il ne s'y est jamais vraiment imposé (21 sélections en 5 ans, 14 en tant que titulaire). La faute aux blessures d'abord: opéré deux fois des cervicales, il a même failli arrêter le rugby. La faute à la concurrence aussi, le trio De Villiers-Milloud-Marconnet ayant longtemps squatté les sélections à la pile. Mais aujourd'hui Mas s'impose comme le nouveau patron de la mêlée tricolore.
Un travail individuel spécifique sur la mêlée
Et s'il est aujourd'hui indispensable, c'est parce que c'est un vrai spécialiste de la mêlée. Il l'assume, il le revendique presque : «C'est vrai que c'est un secteur qui me plaît énormément, et j'essaie de trouver des solutions aux problèmes. Chaque fois on rencontre des piliers qui poussent différemment, il faut donc s'adapter.» Pour cela il travaille sur la mêlée. Beaucoup et de manière spécifique, en dehors des entraînements avec l'USAP. C'est un des seuls à le faire : «Je travaille beaucoup avec un ami, Didier Sanchez, et ça m'aide. La mêlée a évolué, les piliers aussi, il y a beaucoup de choses qui rentrent en jeu, et techniquement, il faut trouver les petits détails qui font que tu te places mieux, que tu forces moins, que tu gères mieux l'effort.» Il admet aussi que les nouvelles règles lui sont favorables, puisqu'elles replacent la mêlée au centre du jeu, pour assurer de bons lancements.
Alors il a déjà bien étudié la mêlée australienne, qui a surpris en tordant le pack anglais à Twickenham samedi dernier. Et il a son idée sur les raisons de la nouvelle force des Wallabies : «Ils ont un rituel, c'est de se placer en mêlée puis le talonneur ressort, donc ils déstabilisent l'adversaire parce qu'il faut se replacer et c'est là qu'ils mettent l'impact. Ils dictent l'engagement eux-mêmes. C'est une mêlée qui impose sa loi.» Il sait aussi qu'il aura fort à faire face la première ligne australienne, devenue tout à coup la nouvelle terreur mondiale. Mas ne s'en fait pas, conscient quand même de l'importance de son rôle : «Dans une mêlée, c'est le droitier qui commande, le plus important c'est d'être bien engagé à droite. On va essayer de travailler collectivement pour essayer de les contrer, de les bouger.»
Enfin à maturité
Posé, serein, Nicolas Mas, c'est la force tranquille. Ce qui ne l'empêche pas d'être ambitieux. En pleine bourre depuis plusieurs mois, il entend bien justifier la confiance des sélectionneurs : «Moi j'ai beaucoup mangé mon pain noir. J'ai galéré mais maintenant j'arrive peut-être à maturité à 28 ans. J'essaie de faire au mieux pour ne pas décevoir. Il faudra encore montrer samedi que je suis là .» Sans renier son humilité. Ainsi ne comptez pas sur lui pour fanfaronner : «Je suis pas le genre de pilier à faire le beau ou à parler à mon vis à vis. Tout se fait collectivement. Un pilier il peut être le meilleur du monde, s'il n'a pas les coéquipiers autour qui font le travail, il ne s'en sort pas. Donc l'effort doit être collectif.» Un pilier de grand talent, voilà ce qu'est Nicolas Mas, un pilier des Bleus, voilà ce qu'il veut devenir.
Aymeric MARCHAL

